Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /Jan /2010 21:07

PROJET RAVENAL

réponse de l’ARTIC à la demande du CONSEIL REGIONAL

 

Les membres de l’ARTIC sont heureux de pouvoir exprimer leur avis sur le Projet de câble sous-marin « RAVENAL » du Conseil Régional de la Réunion, à propos duquel la collectivité a bien voulu les solliciter en communiquant un questionnaire à l’association, via le cabinet de conseil TACTIS, le 16 décembre 2009.

Lors de la réunion ouverte du 13 janvier 2010, les membres de l’ARTIC ont pris connaissance avec beaucoup d’attention du rapport relatif au secteur des communications électroniques outre-mer, remis par l’ARCEP au Parlement et au Gouvernement le 08 janvier 2010, qui confirme très largement tant les analyses que les recommandations soutenues depuis longtemps par les professionnels des TIC de la Réunion regroupés au sein de l’ARTIC. Ils ont ensuite débattu du questionnaire « RAVENAL » du Conseil Régional et sont unanimement convenus de la réponse à apporter à la Région Réunion.

L’ARCEP explique les raisons des écarts tarifaires qui subsistent entre les offres du haut débit en métropole et les offres de fournisseurs d’accès locaux. Au soutien de sa démonstration, l’Autorité expose en détail les données techniques et financières qui expliquent les différences qui subsistent en matière de haut débit entre la Réunion et la métropole.

Bien que tous les membres de l’ARTIC sont mobilisés et déterminés à agir pour rompre cette fracture numérique, il semble toutefois intéressant de rappeler que la France métropolitaine fait figure d’exception au niveau mondial en termes de compétitivité des offres d’accès à internet proposées, si bien que s’il est vrai que les offres proposées à la Réunion le sont à des conditions moins avantageuses qu’en métropole, elles restent compétitives comparées à beaucoup d’autres pays, y compris européens.

L’une des principales raisons invoquées est le surcoût résultant des liaisons numériques internationales dont les tarifs supportés par les opérateurs locaux sont très largement supérieurs à ceux de la métropole. Ces surcoûts ont pour effet, d’une part de diminuer la bande passante allouée par les opérateurs aux internautes, et d’autre part d’engendrer des surcoûts répercutés par les FAI locaux sur leurs tarifs d’abonnement.

          L'ARTIC, les opérateurs locaux et le Conseil Régional de la Réunion connaissent très bien cette problématique pour laquelle de nombreux acteurs locaux ont eu l’occasion d’agir et de se mobiliser, ensemble ou séparément au fil des ans depuis l’installation du câble « SAFE » à la Réunion. Les conditions de commercialisation du câble SAFE ayant considérablement évolué récemment, il semble utile de rappeler ceux qui ont cours actuellement et qui ont été portés à la connaissance de l’ARTIC :

          Depuis 2008, l’exclusivité dont profitait France Télécom pour la commercialisation de SAFE à la Réunion a cessée, si bien que les opérateurs alternatifs ont pu acquérir des capacités substantielles de bande passante directement auprès d’autres opérateurs internationaux membres du consortium SAFE (CABLE & WIRELESS, MALAYSIA TELECOM, BELGACOM, etc. …) ;

          France Télécom, ainsi que plusieurs opérateurs du consortium, a confirmé avoir réalisé différents travaux sur le câble sous-marin SAFE de sorte que sa capacité a pu être très considérablement augmentée et qu’aucune saturation n’est prévue pour les prochaines années ;

          Les membres du consortium annoncent que le câble SAFE sera en service pendant encore 12 années au moins ;

           Avec le soutien de l’ARCEP et de l’Autorité de la Concurrence, les opérateurs locaux ont obtenu en 2009 que France Télécom leur permette d’accéder directement et à moindre coût à sa station d’atterrissage du câble à St Paul ;

           De plus de 17.000 €uros en 2004, le Mb de bande passante est passé à environ 100 € par Mb lorsqu’il est acheté « en gros » auprès d’autres opérateurs du consortium (à titre de comparaison le Mb est vendu environ 15€ en métropole) ;

           Passant tout à la fois par l’ouest de l’Afrique et gagnant Cochin (INDE) et DENANG (Malaisie) par l’est, le câble propose une sécurisation suffisante qui a déjà apporté la preuve de son efficacité. Il convient toutefois de relever que le mode de sécurisation choisi par chaque opérateur peut influer sur le débit disponible pendant le temps d’interruption.

Au mois de décembre 2009, France Télécom a inauguré à la Réunion la mise en service de son nouveau câble sous-marin LION reliant MAURICE-LA REUNION-MADAGASCAR et a annoncé sa volonté de le prolonger jusqu’à l’Afrique-est en passant par MAYOTTE pour rejoindre ensuite les câbles EASSY et SEACOM.

Il est intéressant de relever que si France Télécom réalise son projet de prolonger le câble LION et de l’abouter à d’autres câbles, dont ceux cités ci-dessus, LION pourrait tout à la fois offrir une alternative à SAFE, une sécurisation supplémentaire et la possibilité de disposer de débits supplémentaires à ceux offerts par SAFE. Il conviendra donc d’être spécialement attentif à ces différents éléments et en particulier aux tarifs proposés par France Télécom, le moment venu, les différents acteurs se souvenant des difficultés persistantes ayant retardé l’ouverture réelle et efficace de la concurrence sur SAFE.

 

Après avoir pris connaissance du rapport de l’ARCEP, du questionnaire de la Région et des informations qui viennent d’être rappelées, l’ARTIC s’est félicitée de constater que l’ARCEP a recommandé de manière soutenue de mettre en œuvre la mesure préconisée par l’ARTIC depuis 2 ans et qui consiste à installer des serveurs de cache et/ou de contenu à la Réunion. L’Etat ayant déjà exprimé son soutien à cette mesure en confirmant sa volonté d’y consacrer une partie du fond de continuité territoriale numérique, les membres de l’ARTIC ont renouvelé leur soutien au projet et souhaité que le Conseil Régional de la Réunion accompagne sa mise en œuvre au plus tôt.

Pour faciliter la compréhension de chacun, l’ARTIC a choisi de rappeler quelques éléments de contexte tels qu’ils ont été portés à sa connaissance :

Dans son rapport, l’ARCEP estime que les FAI locaux allouent en moyenne 20 kb par abonné réunionnais tandis que les FAI métropolitains allouent en moyenne 40 kb à chaque abonné quand il s’agit de dimensionner leur réseau, le débit réellement disponible pour chaque abonné au moment où il le sollicite étant largement supérieur du fait des gains résultant de la mutualisation statistique ; il existe dont une différence de 20 kb par abonné entre la Réunion et la métropole ;

     Conformément à ce qui avait été annoncé par l’ARTIC, les serveurs de cache de Google et Youtube (serveurs GGC) sont arrivés à la Réunion, ont été installés et mis en service dans le GiX par RENATER en collaboration avec l’ARTIC. Leur usage est limité pour le moment aux seuls utilisateurs du réseau RENATER, la bande passante dont ce dernier dispose ne permettant d’étendre le service aux abonnés des FAI réunionnais, ce que l’ARTIC regrette ;

     RENATER a aussi installé, pour ses propres besoins, des serveurs AKAMAI, qui pourraient eux aussi profiter à tous les internautes réunionnais si la bande passante utile leur était allouée ;

     Tous les FAI, y compris ORANGE, sont déjà raccordés au GiX (nœud d’interconnexion) à l’effet d’échanger leur trafic local, si bien que l’accès à ces serveurs pourrait se faire immédiatement par chaque FAI et donc par ses clients, sans discrimination entre les FAI ni leurs clients ;

Les membres de l’ARTIC ont souhaité évaluer les effets qui pourraient résulter de la mise en œuvre de la mesure qu’ils préconisent et ils ont décidé de soumettre le résultat de leurs estimations à la collectivité.

L’ARTIC a préconisé que, dans un premier temps, 15 M€ du fond de continuité territorial numérique soit alloué à l’achat de capacités sur SAFE pour « alimenter » les serveurs de contenu dont le nombre sera rapidement augmenté par d’autres serveurs dont Dailymotion, Deezer, Allociné, etc. …

Ces 15M€ permettraient d’acquérir environ 1 Gb de bande passante dont la Réunion disposerait pour 12 années au moins (environ 6 IRU de 155 Mb).

(Rappel : 1 gigabit Gb= 1024 mégabit Mb = 1.048.576 kilobit kb)

Considérant une efficacité moyenne de 50% des serveurs de cache, annoncée par les fournisseurs et confirmée par les premières mesures de l’ARTIC, ce 1Gb de SAFE permettrait donc de fournir 2Gb de bande passante à se partager entre internautes réunionnais quel que soit le FAI.

 

Sur la base d’environ 100.000 abonnés haut débit, ces 2Gb de bande passante auraient donc pour effet de délivrer 20 kb de bande passante supplémentaire à chaque réunionnais, ce qui correspond précisément à la différence relevée par l’ARCEP entre la Réunion et la métropole.

 

La mise en œuvre de la mesure pouvant intervenir en quelques mois seulement et toutes les conditions techniques étant réunies, les membres de l’ARTIC ont souhaité que le Conseil Régional de la Réunion accompagne la mise en œuvre de la mesure dans les plus brefs délais possibles, et ils ont demandés que l’ARTIC soit associée à la mise en œuvre et au suivi du projet.

Il nous est apparu essentiel de travailler prioritairement à ce projet car sa mise en œuvre rapide permettrait d’accroître l’utilisation des ressources numériques locales (GAZELLE) tout en optimisant l’utilisation de SAFE.

Les membres de l’ARTIC ont toutefois insisté pour que le projet d’installation de serveurs de cache et le projet RAVENAL ne soient pas opposés ou présentés comme concurrents, mais au contraire comme complémentaires. Ils ont ainsi relevé que le premier projet pourrait être opérationnel rapidement et qu’il permettrait d’optimiser l’utilisation des capacités de transport numériques internes et externes, tandis que la mise en œuvre de RAVENAL, naturellement plus longue et plus complexe, pourrait permettre le moment venu de diminuer les coûts de bande passante internationale tout en assurant la diversification des ressources.

C’est dans ce contexte, et après avoir rappelé leur souhait que les serveurs de cache soient alimentés par de la bande passante mutualisée et achetée sur le fond de continuité territoriale, que les membres de l’ARTIC se sont exprimés sur le projet RAVENAL.

Les membres de l’ARTIC ont d’abord exprimé leur crainte que RAVENAL puisse être utilisé par MADAGASCAR pour faire l’acquisition de bande passante sur SAFE, ce qui pourrait avoir pour effet d’accélérer la survenance d’une saturation de ce câble. En outre, certains membres ont exprimé leurs craintes d’une concurrence nouvelle et déséquilibrée qui pourrait être facilitée par RAVENAL au détriment des entreprises de prestations de service réunionnaises (dumping social en raison du bas coût de la main d’œuvre à Madagascar). 

Pour ce qui concerne le projet exprimé par la collectivité régionale d’installer un câble sous-marin entre la Réunion et l’ouest de Madagascar à l’effet de le relier à EASSY et/ou SEACOM, tous les membres ont convenu que le projet pourrait représenter un réel intérêt et produire de réels effets sur le marché local, à condition que le débit internet proposé via RAVENAL (donc tarif RAVENAL + tarif SEACOM ou EASSY jusqu’à un nœud Internet), le soit à un tarif substantiellement inférieur à celui actuellement souscrit par les opérateurs alternatifs auprès des membres du consortium SAFE. Il est indiscutable que si l’installation d’un nouveau câble, alternatif à SAFE, permettait aux opérateurs et FAI locaux de disposer d’un tarif de bande passante internationale (actuellement SAFE) à un tarif très inférieur à celui dont ils disposent actuellement (100 € / Mb), RAVENAL permettrait tout à la fois d’offrir davantage de bande passante aux internautes locaux sans remettre en cause l’efficacité des serveurs de cache.

Il conviendra néanmoins de s’assurer que le même résultat (rapport prix/débit) ne pourrait pas être obtenu sur le câble LION.

Aussi, et considérant que la Région Réunion a annoncé des première études de faisabilité du projet RAVENAL dès le début 2009, l’ARTIC souhaite exprimer son soutien au projet de la Région sans qu’il soit opposé au projet d’installation de serveurs de contenus dont la mise en œuvre est demandée au plus vite.

L’ARTIC sollicite donc une réunion au plus tôt avec les services du Conseil Régional à propos de l’installation des serveurs de cache et souhaite échanger plus largement sur le projet RAVENAL pour recevoir toutes les informations complémentaires qui permettront de mieux apprécier les intérêts techniques et économiques du projet en vue de pouvoir motiver le soutien de l’association.

 
 

 

 

 

 

 


Pour l’ARTIC

Le Président

Yann de Prince

Par Yann de Prince - Publié dans : ARTIC
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